Si chers amiEs,  avec la fin du mois d’août, s’approche également la fin de l’été. À part les pluies abondantes, ce mois aura sans aucun doute été marqué par la mort de l’abbé Raymond Gravel, prêtre du diocèse de Joliette. Ce qui m’a le plus frappé ce sont les nombreux témoignages d’affection et d’admiration qui lui ont été manifestés. Les réactions venaient de partout, aussi bien des croyants que des non-croyants, des jeunes que des adultes…  Comment expliquer un tel élan collectif d’admiration et de sympathie? Pourquoi tant de gens se reconnaissent-ils dans la vie et les paroles de cet homme? J’ai lu des commentaires qui le présentent comme un homme parfait. Je ne suis pas certain que lui-même aurait aimé être considéré comme tel. C’est un homme qui à coup sûr avait ses limites. Cependant, s’il a touché tant de cœurs, c’est probablement parce qu’il a su transmettre l’expérience merveilleuse de sa foi, laquelle aura été pour lui quelque chose d’important et de vivifiant. Plusieurs personnes et médias l’ont peint comme le mouton noir de l’Église. Il n’était donc pas un mouton de Panurge. L’abbé Gravel, mutin de Panurge ? En effet, sa vie a été caractérisée par une incroyable liberté de parole et par des prises de position libres en Église et sur plusieurs sujets de société. Celles-ci ont parfois provoqué une crise d’urticaire chez certains.

Faut-il pour autant réduire la vie, immense, riche et complexe de cet homme à ses prises de parole et de position? Personnellement, je garde de lui tout d’abord l’image d’une personne qui avait une relation très profonde à la Parole de Dieu. Il raffolait en raffolait. La Parole lui était si intime qu’il savait la partager avec empressement, dans des mots simples et dans un langage accessible. Aussi, je retiens de lui son amour indéfectible pour l’Église. Malgré ses critiques, il est demeuré en relation étroite avec l’Église et avec son évêque. Après son passage en politique, qui semble n’avoir pas été une expérience très heureuse, il a pu dire que la politique l’a fait aimer davantage l’Église en dépit de ses imperfections. Il a pu également affirmer que la liberté de parole n’est pas plus grande en politique qu’en Église. C’est sans aucun doute à cause de cet amour si intense qu’il avait pour l’Église qu’il a eu des mots parfois durs vis-à-vis de celle-ci, lui qui répétait sans cesse : « L’Église ne peut plus continuer à tenir un langage d’interdits et de condamnations ». Sur ce point, il n’a fait que suivre les traces de Jésus. En effet, Jésus était souvent très critique vis-à-vis de l’establishment religieux de son époque. Du reste, le nouveau pape François ne dit pas autre chose (voir son exhortation apostolique La joie de l’Évangile).

Avant sa mort, dans un entretien dans Second regard, l’abbé Gravel disait ceci au sujet du pardon : « Si quelqu’un m’a fait du mal, ce n’est pas grave, je lui pardonne. Si j’ai fait du tort à quelqu’un, je m’en excuse et je lui demande pardon». En regardant l’existence de cet homme, je me dis que la vie est un temps donné à notre liberté pour apprendre à aimer. Raymond Gravel a essayé d’aimer du mieux possible jusque dans le plus petit détail du quotidien en faisant de l’existence un lieu d’accueil des autres et un parfum d’Évangile capable de remplir notre Église et notre société.

Et nous, alors que s’ouvre devant-nous une nouvelle année pastorale, sommes prêts à nous dire à nous-mêmes que rien n’est insignifiant dans l’Amour? Sommes-nous prêts à faire en sorte que l’accueil soit au centre de la vie de notre communauté durant cette nouvelle année pastorale ? Concrètement que pourrions-nous apporter cette année à notre communauté ? Quel trésor aimerions-nous partager ?

Rodhain Kasuba

 

Catégories : Mot de Rodhain